Archive | 14 juillet 2008

Critique : Bouillon Chartier, entre traditions et tourisme de masse.

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L’histoire des bouillons est fascinante. Crée en 1860 par M. Duval, ce boucher eut l’idée brillante de créer un restaurant où serait servi un bouillon de bœuf à un prix dérisoire pour les ouvriers travaillant aux Halles : le « bouillon » était né. Quelques années plus tard, le fils Duval reprit l’affaire en ouvrant d’autres restaurants dans Paris. Aujourd’hui ne subsiste plus que la brasserie Julien.

A la fin du XIXème, les frères Chartier décident de reprendre l’idée en ouvrant plusieurs bouillons dont les célèbres Vagenende, Bouillon Racine, Bistrot de la gare et l’actuel Chartier, faubourg Montmartre.

Tous sont devenus des brasseries plus ou moins haut de gamme à des prix bien loin de ceux de l’époque. Une hérésie pour ces restaurants qui n’avaient d’autre but que de nourrir des gens modestes. Aujourd’hui, ne subsiste plus que leur déco Art Nouveau : candélabres, miroirs au mur, tables en bois, carrelage au sol, balustrade en cuivre, verrières …

Seul Chartier continue de perpétuer la tradition du bouillon en pratiquant des prix raisonnables. Dès l’entrée on est frappé par sa déco rétro, et pour cause la salle est classée monuments historiques : chaises et tables en bois, sol en carrelage, meubles à tiroirs disposés le long de la salle où les habitués récupéraient à l’époque leur serviette. Le rondin et le tablier blanc sont encore de rigueur chez les serveurs.

 

Une fois installé on découvre la carte écrite sur du papier à nappes. On est surpris par des prix d’un autre temps : entrées à 2 ou 3€, plats à 8-11€, desserts à 2-4€, menus à 15€ (entrée/plat/dessert avec un ½). Habituellement nous ne prenons jamais d’entrées car elles sont au même prix que les desserts et dépassent trop souvent les 8€, mais ici nous décidons de faire une entorse à cette règle en prenant une salade de tomates et concombre. L’assiette est petite, mais vu le prix (2,20 €) il n’y a rien à dire, ce n’est pas mal du tout. Niveau présentation c’est le degré zéro, mais c’est justement ce côté brut de décoffrage qui fait tout le charme du lieu. Après tout, c’est ce qu’il y a dans le plat qui compte, le reste n’est qu’artifice.

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Quelques minutes plus tard, les pavés de rumsteack au poivre et au beurre maître d’hôtel arrivent avec leurs frites. Nous avions hésités au début, voyant les assiettes de nos commensaux, pas très enthousiastes. Il faut dire qu’elles avaient l’air drôlement palichonnes et pas très cuites.

Finalement la viande s’avère être un délice, la sauce au poivre … poivrée, et les frites pas si mauvaises mais pas extraordinaires non plus.

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Nous finissons par une dame blanche, mélange subtile de glace à la vanille, de crème chantilly et de chocolat fondu. Un dessert d’antan, aujourd’hui trop souvent absente des cartes de restaurants (tout comme le iceberg, fabuleux dessert à la glace à la menthe, sauce chocolat et menthe accompagnée de chantilly). La sauce chocolat est ici faite maison, la chantilly correct, la glace vanille, industrielle. Pour 3,80€, rien a dire. Quand on sait qu’il y a quelques jours nous avions payés notre fraise melba 12€ au café Corona, place de l’Alma, on a la légère impression de s’être fait entuber.

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Pour accompagner ce repas, une bouteille d’eau 50cL à 2,40€. Quand on pense que certains restaurants nous la facturent 6 ou 7 €, cela laisse rêveur …

Finalement si l’on résume la cuisine, elle est tout à fait correcte et à des prix tellement raisonnables qu’on est presque gêné en payant l’addition. Si les serveurs jouent le jeu en détaillant l’addition à  même la nappe en papier et en servant des plats typiquement franchouillard, le lieu est envahi par des hordes de touristes, renforçant le côté cantoche pour tour operator pas forcément très glamour. Dommage, mais à des prix pareils, on comprend que le patron cherche à rentabiliser au maximum son restaurant et continuer à faire fonctionner une machine qui a déjà servie plus de 50 millions de repas depuis son ouverture.

Bouillon Chartier

7 rue du Faubourg Montmartre, 9ème

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